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De la fonction transcendante � l’imagination active


La fonction onirique a �t� tr�s largement �tudi�e, m�me si, en France, les travaux de P. L Jouvet sont encore mal connus. Mais, encore plus mal connues sont ces fantaisies de l’imagination qui sont � la source de l’invention, de la cr�ation et du renouvellement de nos attitudes, de notre capacit� � r�inventer de nouveaux comportement ou bien � rester curieux de ce qui se passe autour de nous. Nous parlons des images int�rieures. Elles sont les �l�ments d’un dialogue �trange que C. G. Jung a explor� tr�s t�t dans sa vie, cet �change qui existe de mani�re naturelle entre la Conscience et les abysses de l’�me.

Quand le mouvement s’en va, c’est le contre-courant
Quand le mouvement vient c’est le courant.
...
Le mouvement d’aller � la rencontre ou le mouvement de suivre est fait avec propos et harmonie.[1]

De l’Imagination agente des Isma�liens � l’Imagination active de C. G. Jung, il y a un pont que Henri Corbin l’aida � franchir. M�me si cet �rudit est fort critiqu�, son t�moignage sur l’Islam aida probablement Jung a mieux situer sa propre conception de l’Imagination active.[2] D�s 1916, Jung produisit un article sur la ��Fonction transcendante��[3] et son usage th�rapeutique, qui constitue quasiment le seul document technique produit par Jung tout au long de ses ann�es de recherche. On y trouve ce qui est aux sources de la psychologie des profondeurs et qui fera son originalit�: une conception dynamique de la psych�. Dans ce document tr�s court, Jung r�pond � toutes les questions que l’on se pose encore actuellement � propos de la cure psychanalytique, du r�le du th�rapeute et celui de la cure, la situation de l’individu dans le collectif et, ce qui nous int�resse ici�: comment traiter ��l’union des contenus conscient et inconscients��.

C. G. Jung a trouv�, de fa�on totalement empirique, sa propre voie vers l’imagination active. Cela lui prit plusieurs ann�es, car il ne lui suffit pas d’apprendre � voir les images venues de l’inconscient, ni m�me de les rencontrer activement dans ses phantasmes�: il ne se sentit � l’aise que lorsqu’il fit le pas d�cisif, le plus important de tous�: trouver leur place et leur raison d’�tre dans sa propre vie actuelle et concr�te. ��C’est, dit-il, la d�marche la plus importante et ce que, habituellement, nous n�gligeons de faire. La connaissance du mythe de notre inconscient, poursuit-il, doit �tre convertie en obligation �thique. Ne pas le faire serait devenir la proie du principe de puissance, ce qui produit des effets destructeurs, non seulement sur les autres, mais aussi sur celui qui en fait l’exp�rience��. Il poursuit�: ��Les images venues de l’inconscient placent un homme devant une grande responsabilit�. Ne pas les comprendre ou fuir la responsabilit� �thique le prive de sa totalit� et impose un caract�re p�niblement fragmentaire � sa vie.[4]

Se laisser p�n�trer par les images int�rieures permet � l’Ego d’acc�der aux forces vives et souvent brutales de l’Inconscient. Ce mouvement de p�n�tration et d’�coute, fix� dans la m�moire et ��l’�criture�� facilite l’alliance avec ses forces qui trouvent alors une voie d’�coulement qui posera les bases de nouvelles adaptations au monde. En cela l’image int�rieure diff�re du r�ve, car nous n’avons aucun contr�le sur notre fa�on d’agir dans ce dernier. Si, la plupart du temps, l’analyse des r�ves suffit � r�tablir l’�quilibre entre le conscient et l’inconscient, dans certains cas, sur lesquels nous reviendrons plus tard, il faut en faire davantage.

Le but de ce travail �tant toujours d’entrer en contact avec l’inconscient, cela signifie qu’il faut, d’une fa�on ou d’une autre, lui laisser la possibilit� de s’exprimer�—�Quelqu’un qui ne serait pas convaincu que l’inconscient a sa vie propre n’a aucune raison d’essayer cette m�thode. On a presque toujours � surmonter une crispation du conscient pour permettre aux phantasmes�—�qui sont toujours plus ou moins pr�sents dans l’inconscient�—�de monter � la conscience. Jung disait qu’il pensait que le r�ve se poursuivait continuellement dans l’inconscient, mais que le sommeil et la cessation compl�te de l’attention aux choses ext�rieures �taient n�cessaires pour que le conscient puisse l’enregistrer. C’est pourquoi le premier pas, en imagination active, est d’apprendre � voir ou � entendre le r�ve � l’�tat de veille.

Jung dit aussi dans le Commentaire sur le myst�re de la Fleur d’Or�: ��Chaque fois que l’on d�sire que le contenu du phantasme �merge, l’activit� du conscient doit �tre mise de c�t�. Les r�sultats de ces efforts sont d’abord peu encourageants dans la plupart des cas. Il s’agit surtout d’�cheveaux de phantasmes qui ne permettent pas de discerner clairement leur provenance et leur destination. Les moyens d’obtenir des phantasmes sont �galement diff�rents suivant les individus. Pour beaucoup, le plus simple est de les �crire�; d’autres les visualisent�; d’autres encore les dessinent ou les peignent avec ou sans visualisation. Lorsqu’on a affaire � une crispation accentu�e du conscient, il arrive souvent que seules les mains puissent imaginer�: elles mod�lent ou dessinent des formes qui sont souvent �trang�res au conscient.

Ces exercices doivent �tre poursuivis jusqu’� ce que la crispation de la conscience soit d�nou�e, en d’autres termes, jusqu’� ce que l’on puisse laisser advenir, ce qui est le but imm�diat de l’exercice. Une nouvelle attitude est ainsi cr��e, une attitude qui accepte �galement l’irrationnel et l’incompr�hensible, simplement parce que c’est ce qui advient. Cette attitude serait un poison pour quelqu’un qui a �t� submerg� par ce qui est purement et simplement advenu�; mais elle est une valeur supr�me pour celui qui, par un jugement exclusivement conscient, s’est toujours born� � choisir ce qui convenait � sa conscience dans ce qui advient purement et simplement, et qui est ainsi sorti de la vie pour �chouer dans une lagune stagnante��.[5]

Dans d’autres passages, Jung inclut le mouvement et la musique dans les moyens d’atteindre ces phantasmes. Mais il remarque que le mouvement�—�tr�s utile pour dissoudre la crampe du conscient�—�est difficile � enregistrer, et que, si l’on n’a pas fix� concr�tement le contenu de la fantaisie, il est �tonnant de voir avec quelle rapidit� les choses qui viennent de l’inconscient disparaissent de nouveau.

Pour ce qui est du mouvement, Jung sugg�re que l’on r�p�te les mouvements lib�rateurs jusqu’� ce qu’ils soient r�ellement fix�s dans la m�moire. M�me dans ce cas, d’apr�s mon exp�rience, il s’av�re bon, lorsque cela est possible, d’en fixer quelque chose sur le papier. On peut tracer un sch�ma du mouvement de la danse, ou �crire quelques mots de description pour �viter que tout ne disparaisse en quelques jours.

Dans le m�me texte Jung dit, en parlant des types psychologiques�: ��L’un accueillera principalement ce qui lui arrive de l’ext�rieur, l’autre ce qui vient de l’int�rieur. Et, comme le veut la loi de la vie, l’un prendra � l’ext�rieur ce qu’il n’avait jamais accept� de l’ext�rieur auparavant, et l’autre prendra a l’int�rieur ce qu’il avait toujours exclu jusque-l�.��

Ce retournement de l’�tre est porteur d’un �largissement, d’une �l�vation et d’un enrichissement du champ de conscience. C’est ainsi que se mettent en place de nouvelles adaptations au monde avec de nouvelles valeurs morales et �thiques, lesquelles peuvent �tre associ�es aux anciennes, dans la mesure o� ces derni�res n’�taient pas de pures fictions. Ce chemin n’est pas sans danger. Jung signale que l’une des premi�res conditions de cette d�construction/transformation repose sur l’existence d’un Ego puissant et souple. C’est sur cette condition que l’alliance peut s’�tablir. L’Ego a pour premi�re tache de permettre de nouvelles adaptations dans le sens de ce qui est bon pour lui et de ce qu’il s’est assign� pour but. Il doit y mettre le maximum de discernement.

L’�quilibre repose sur une libre acceptation par l’Ego de ces forces sauvages qui se mettent au service du libre �panouissement de la vie. Faut-il encore que ce but soit en alliance avec les potentialit�s de l’�tre�?<. Jung �voque souvent cela sous cette forme�: ��s��adapter � soi-m�me��.

De la fonction transcendante � l’Imagination active

Jung d�finit la Fonction Transcendante comme un m�canisme d’autor�gulation de la psych� humaine et ce processus est purement psychologique. Il agit sur le Conscient mais il peut aussi �tre d�termin� en qualit� et en pression par la propre attitude du Conscient. Cet �quilibrage est absolument n�cessaire et vital. Or, dit Jung, chez l’Homme civilis� cette autor�gulation ne va pas de soi car le Conscient a tendance � devenir trop ��dirig頻 du fait des contraintes de la collectivit� et des adaptations n�cessaires � la survie collective. Si bien qu’il s’ensuit une s�rie de ��navettes�� de l’Inconscient au Conscient qui, � trop devenir unilat�ral et exclusif, provoque un grave d�s�quilibre qui augmente alors la pression de l’Inconscient. Cette pression peut alors prendre des allures d�vastatrices, par l’apparition dans le champ conscient d’instincts mal contr�l�s.

Par sa fonction d’adaptation le Conscient est amen� � rejeter tous les �l�ments venus de l’Inconscient qui sont incompatible avec cette fonction. Or l’Inconscient comme source des contenus ancestraux, r�cents�—�parent�—�et antiques�—�l’h�ritage de l’Humanit�, cherche � faire parvenir � la conscience ses propres �l�ments.

Pour Jung, le caract�re ��d�fini et dirig頻 du Conscient est un bien pr�cieux car c’est lui qui a pr�sid� � l’�volution de l’Humanit�. Il est ��m�me indispensable que cette fonction soit aussi stable et aussi bien d�finie que possible en chaque individu puisque la vie l’exige.��

Par une sorte de m�canisme in�vitable cette fonction finit par r�tr�cir le champ d’investigation et d’exploration du Conscient. C’est ce qui finit par provoquer une unilat�ralit� au b�n�fice de la seule adaptation.

Cette unilat�ralit� appara�t ��comme un avantage et un inconv�nient��. Avantage car elle facilite toute forme d’adaptation et de performance mais inconv�nient car survient alors une r�action �quivalente de l’Inconscient. Si l’unilat�ralit� est trop importante, l’�nergie de l’inconscient fait irruption dans le champ de la r�alit� physique objective en y provoquant des fractures �v�nementielles, des sympt�mes et des disfonctionnements plus ou moins grave. Plus l’effet perturbateur induit une r�action consciente de n�gligence ou d’ignorance et plus la contre-r�action suivante de fera puissante et d�vastatrice.

Le cercle infernal de ce que d’aucuns appellent n�vrose est enclench�. Cependant il s’agit ici de bien plus qu’un acc�s n�vrotique. Il est plut�t question d’une attitude g�n�rale que la gu�rison psychanalytique peut fort bien ne pas r�duire.

� ce point, d’ailleurs Jung insiste pour dire que la gu�rison psychanalytique est ��une erreur des profanes qui date des d�buts de la psychanalyse. Le traitement psychanalytique est une nouvelle mani�re d’ajuster l’attitude psychologique qui s’op�re avec l’aide de l’analyste. Cette attitude nouvellement acquise, plus adapt�e aux conditions externes et internes, peut durer longtemps. Mais il est rare qu’une seule �gu�rison’ soit acquise.�� Jung ajoute plus loin ��Il n’y a pas d’attitudes individuelles qui soient valables inconditionnellement et pour longtemps�� Si la chose �tait d�j� vrai en 1916, qu’en est-il actuellement o� m�me les sociologues �voque une instabilit� constante du champ social�? Comment un individu pourrait-il se contenter d’une attitude uniforme tout au long de sa vie�?

L’Homme moderne est donc condamn� � faire face � des adaptations nouvelles sa vie durant. Ce qui revient aussi � dire que ce dernier devra t�t ou tard acqu�rir une capacit� � faire face aux changements qui ne soit pas trop sinueuse et al�atoire.

Pour Jung, la Fonction transcendante r�alisera ce pont entre les donn�es de la conscience - trop fig�e - et les contenus de l’Inconscient, seuls susceptibles d’assurer, par int�gration au r�el, une nouvelle adaptation. De plus, selon lui, le transfert, loin de r�aliser une projection de d�pendance infantile � l’�gard du th�rapeute, constitue la projection sur celui-ci de cette fonction vitale.

On voit combien la fonction du th�rapeute se rapporte de celle de l’antique chaman, m�diateur entre le monde des esprits et celui des humains. On sait aussi que le m�decin chinois avait pour mission de ��lever la t�te au Ciel�� et ��d’abaisser le regard vers la Terre��, ce afin de discerner les grands mouvements de la nature et les transformations qu’op�rait leur venue sur la Terre.

Cette fonction m�diane du th�rapeute, peu de psychologues l’ont discern�e.[6]

Ainsi Jung aborde peu � peu la fa�on dont on peut rencontrer les contenus de l’Inconscient, r�ves, fantasmes, etc. de mani�re constructive et non en les r�duisant � une grille interpr�tative. Cette approche dynamique peut amener la r�duction de l’�tat de stagnation ant�rieure. Certes, dit-il, ��au d�but la Fonction Transcendante est artificielle�� car elle est support�e par les connaissances du th�rapeute. Mais cette artificialit� se r�sorbe rapidement d�s que les m�canismes d’autor�gulation se remettent en place. Faut-il tout de m�me que la personne ne soit pas trop engonc�e dans sa volont� de ma�trise du r�el. Dans ce cas, les r�ves ne suffisent pas, le th�rapeute doit intervenir pour aller � la p�che aux contenus de l’Inconscient. Voil� un th�rapeute devenu actif et c’est en est fini de la sacro-sainte neutralit�!

Jung se pose la question du choix des mat�riaux � utiliser pour obtenir de l’Inconscient des informations que la personne pourrait entendre d’abord, int�grer ensuite. Il recense alors tous les mat�riaux sur lesquels Freud avait d�j� op�r� et que Jung �limine un apr�s l’autre. N’oublions pas que Jung nous situe dans un cas de figure sp�cifique o� le Conscient est devenu trop fig� pour accepter quelque contenu qui d�rangerait son adaptation pr�sente. C’est l� une situation de raideur psychologique que nous rencontrons de plus en plus souvent�!

Jung insiste sur la n�cessit� d’acc�s aux contenus de l’Inconscient mais il d�finit une sorte de seuil � partir duquel il convient d’intervenir. Il admet que certaines personnes puissent ne pas avoir besoin d’une telle op�ration psychologique artificielle ni �prouver le besoin de contr�ler les contenus de l’inconscient. Par contre si la charge des produits de l’Inconscient est trop �lev�e il en r�sulte un �tat de souffrance fort pr�judiciable, pr�cis�ment, � la fonction du Conscient, la production de comportements adapt�s... Ce qui ne manque de se produire quand les n�cessit�s de cette adaptation, impos�es par le social, s’�cartent trop des n�cessit�s humaines essentielles et originelles, telle qu’une certaine harmonie entre la sph�re instinctuelle/�motive et la sph�re rationnelle et mat�rielle. L’influence r�gulatrice de l’Inconscient est alors supprim�e et elle peut s’inverser en une pression n�gative.

Dans ce cas Jung propose l’usage de ce qu’il nomme l’Imagination active.

��On commence par prendre l’�tat mental du patient comme l’objet � approfondir, ce qui se fait comme suit�: il doit se pr�occuper intens�ment de son humeur, en �loignant son sens critique, s’y absorber compl�tement et noter sur un papier la description de son humeur et de tous les fantasme qui en surgissent. Il doit laisser le champ absolument libre � ces fantasmes. On obtient ainsi une expression plus ou moins compl�te de l’humeur qui reproduit le contenu de la d�pression (par exemple) de fa�on aussi globale et fid�le que possible. Comme la d�pression n’est pas le fruit du conscient, mais repr�sente une intervention non souhait�e de la part de l’inconscient, l’expression de l’humeur qu’on produit ainsi rend compte de l’ensemble des tendances de l’inconscient qui sont contenues dans la d�pression.��

Voil� une premi�re base de travail. Plus loin, Jung �largit ses outils d’investigation�: ��il y a une autre m�thode qui consiste moins � travailler sur l’humeur qu’� l’exprimer. Ceux qui ont un don quelconque pour le dessin ou la peinture peuvent donner expression � leur humeur dans le tableau.��

Enfin Jung aborde la situation difficile dans laquelle rien de bien concret ne peut s’exprimer hors un vague sentiment ou une angoisse diffuse, un d�go�t g�n�ralis�... il faut alors cr�er de toute pi�ce le premier fil qui permettra de franchir le seuil des contenus de l’Inconscient. ��Il faut exclure l’attention critique�� et faire en sorte d’abaisser le seuil de vigilance de la conscience...

��Ces exercices doivent �tre poursuivis jusqu’� ce que la crispation de la conscience soit d�nou�e, en d’autres termes, jusqu’� ce que l’on puisse laisser advenir, ce qui est le but imm�diat de l’exercice. Une nouvelle attitude est ainsi cr��e, une attitude qui accepte �galement l’irrationnel et l’incompr�hensible, simplement parce que c’est ce qui advient. Cette attitude serait un poison pour quelqu’un qui a �t� submerg� par ce qui est purement et simplement advenu�; mais elle est une valeur supr�me pour celui qui, par un jugement exclusivement conscient, s’est toujours born� � choisir ce qui convenait � sa conscience dans ce qui advient purement et simplement, et qui est ainsi sorti de la vie pour �chouer dans une lagune stagnante��[1].

Jung inclut le mouvement et la musique dans les moyens d’atteindre ces phantasmes. Mais il remarque que le mouvement�—�tr�s utile pour dissoudre la crampe du conscient�—�est difficile � enregistrer, et que, si l’on n’a pas fix� concr�tement le contenu de la fantaisie, il est �tonnant de voir avec quelle rapidit� les choses qui viennent de l’inconscient disparaissent de nouveau.

Pour ce qui est du mouvement, Jung sugg�re que l’on r�p�te les mouvements lib�rateurs jusqu’� ce qu’ils soient r�ellement fix�s dans la m�moire. M�me dans ce cas, d’apr�s mon exp�rience, il s’av�re bon, lorsque cela est possible, d’en fixer quelque chose sur le papier. On peut tracer un sch�ma du mouvement de la danse, ou �crire quelques mots de description pour �viter que tout ne disparaisse en quelques jours.

Dans le m�me texte Jung dit, en parlant des types psychologiques�: ��L’un accueillera principalement ce qui lui arrive de l’ext�rieur, l’autre ce qui vient de l’int�rieur. Et, comme le veut la loi de la vie, l’un prendra � l’ext�rieur ce qu’il n’avait jamais accept� de l’ext�rieur auparavant, et l’autre prendra a l’int�rieur ce qu’il avait toujours exclu jusque-l�. Ce retournement de l’�tre signifie un �largissement, une �l�vation et un enrichissement de la personnalit�, si les valeurs pr�c�dentes sont conserv�es dans le retournement, dans la mesure o� elles n’�taient pas de pures illusions. Si elles ne sont pas conserv�es, on retombe de l’autre c�t� et l’on passe de l’aptitude � l’inaptitude, de l’adaptation � l’inadaptation, du sens au non-sens, et m�me de la raison au trouble mental. Ce chemin n’est pas sans danger. Tout bien est co�teux et le d�veloppement de la personnalit� figure au nombre des choses les plus on�reuses. Il s’agit d’acquiescer � soi-m�me, de se prendre soi-m�me comme la plus s�rieuse des t�ches, d’ consentir avec le maximum de discernement.��

Les mat�riaux et outils cr�ateurs d’un m�dian peuvent donc varier suivant les dispositions naturelles de chaque individu et on peut dire que celles-ci s’ordonnent selon les cinq sens. Selon mon exp�rience, si une personne dispose d’un talent particulier, l’�criture, par exemple, il vaut mieux user d’un autre support pour ouvrir un m�dian. En effet, un outil de cr�ation trop bien structur� risque de masquer les contenus vivants en leur donnant une tournure esth�tisante.

Nous voil� donc devant une vaste panoplie d’instruments de ��travail sur soi�� par la voie de l’Imagination active. Nous connaissons, bien s�r ces techniques d’abaissement du niveau de vigilance et ��d’exclusion de l’attention critique��. L’Inde, le Tibet et�la Chine nous ont l�gu� de multiples m�thodes de ��m�ditation�� mais toutes les cultures du monde en ont produit. Le Moyen Orient nous a donn�, entre autre l’Oraison monologiste[7].

On peut aussi rappeler les techniques de transe. Au P�rou, par exemple, chez les Quechuas, je n’ai pas remarqu� les traces d’une quelconque technique de m�ditation. Par contre la transe est couramment utilis�e dans les c�r�monies chamaniques de gu�rison ou de consultation oraculaire. La pri�re et l’�vocation y tiennent une place importante Les ��brujos�� expliquent que les rituels d’entr�e en transe sont n�cessaires pour entrer en contact avec Saxawaman, le dieu de la montagne[8]. Certains ��brujos�� entrent imm�diatement en transe apr�s l’absorption d’une bouteille enti�re d’alcool de palme.[9]

L’Afrique nous a aussi fait don de techniques singuli�res et riches o� le personnage tambour entre en relation avec le danseur, devenu lui-m�me la monture d’un esprit que le griot appelle. Les esclaves de� la c�te Ouest de l’Afrique, embarqu�s vers l’Am�rique du sud ont recr�� ces rites c�r�moniels dans le Vaudou et dans le Candoumbl�.[10] Les rites africains sont extr�mement int�ressants car ils offrent des possibilit�s surprenantes d’abaissement du niveau de vigilance de la conscience. En effet, nos consciences sont peu accoutum�s au m�tissage de plusieurs genres, la danse, la musique et le cri/chant.


[1] —�Commentaire sur le Myst�re de la Fleur d’Or, op.. cit., p. 34.

[1] —�Ling Shu, d�but du chapitre 1, traduction d’Elizabeth Rochat de la Vall�e, in Aper�us de M�decine traditionnelle Chinoise, Jean Schatz, Claude Larre, Elizabeth Rochat de la Vall�e, Maisonneuve, juin 1979.

[2] —�Jung ne connaissait pas les travaux de Henri Corbin � cette date. Ce n’est que plus tard, notamment au cercle d’Eranos que Jung rencontra de nombreux historiens, physiciens et math�maticiens et autres chercheurs.

[3] —�Il s’agit d’un manuscrit de la biblioth�que priv�e de Roland Cahen et traduit par lui. Je n’ai pas les r�f�rences exactes de cet article dans les �uvres compl�tes de C. G. Jung, actuellement en cours d’�dition. � demander � l’�diteur, Michel Cazenave aupr�s des �ditions Albin Michel.

[4] —�Ma vie, souvenirs, r�ves et pens�es, p. 224.

[5] —�Commentaire sur le Trait� de la Fleur d’Or, Trad. cit., p. 34.

[6] —�C’est pour cette raison que j’ai choisi le terme d’Imagoth�rapie pour cette modeste contribution � la technique d’Imagination Active. Th�rapie est � prendre au sens antique du terme, � savoir m�diation.

[7] —�Raymonde Gilant, L’Oraison monologiste, Lierre & Coudrier �diteur, Paris, 1988.

[8] —�Consulter � ce sujet et pour cette ethnie sp�cifique, les �crits de l’anthropologue p�ruvien, Francisco Aliaga, en cours d’�dition sur le site Hommes et faits, d�j� cit�.

[9] —�J’ai essay� cette technique, d’abord avec crainte, tout au moins on m’y a fortement aid�. Je n’ai gard� aucun dommage de cette absorption qui aurait tu� un boeuf.

[10] —�Les tambours de la libert�. Hurt of Africa, Il’L Baz, in >http://www.hommes-et-faits.com/atelier/<. J’y �voque mon apprentissage de ces rites.

f�vrier 2006 par Illel Kieser


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